La violence faite aux femmes est l’affaire de tout le monde

Publié par le novembre 25, 2015 dans Uncategorized | Aucun commentaire

« Voici un texte de Dada Gasirabo, directrice générale d’Oasis-Centre des femmes »

 

 

 

 

Aujourd’hui, nous sommes le 25 novembre. C’est la journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes. C’est un nom bien long, pour exprimer une réalité bien simple.

Permettez-moi de céder la parole à une amie, dont j’admire le travail et surtout, l’engagement pour son combat sans relâche contre la violence faite aux femmes. Voici un texte de Dada Gasirabo, directrice générale d’Oasis-Centre des femmes. Nous lui avons donné carte blanche. Je vous préviens simplement que ce texte contient des passages un peu durs, mais qui reflètent, hélas, une réalité.

Gilles Marchildon

 

 

 

 

 

 

La violence faite aux femmes est l’affaire de tout le monde

 

 

Les yeux fixés sur Paris, les médias sont passés un peu vite sur la découverte macabre, le 15 novembre dernier, en Irak, d’un charnier contenant des dizaines de corps de femmes yézidies, jugées « trop vieilles » pour servir d’esclaves sexuelles par les hommes de Daesh. Ce qui est révélé en plus sur les survivantes yézidies, vous donne la chair de poule. Par exemple le cas d’une jeune femme de 22 ans mariée et recousue 22 fois pour rester sur le marché du trafic sexuel.

Cette horreur nous ramène hélas à la triste réalité que dans toutes les situations catastrophiques, les femmes sont doublement victimes. Hier au Rwanda, en Yougoslavie, en Tchétchénie, en Bosnie, en Somalie, au Sud Soudan; aujourd’hui encore en RDC, au Nigéria, au Burundi, au Mali, en Centrafrique, en Irak, au Liban en Jordanie ou en Syrie, nos sœurs sont les premières victimes des inégalités de pouvoirs même pendant les temps de détresse pour tous.

En temps de guerre comme de conflits armés, les femmes ne font pas face qu’aux hommes armés. Qu’elles soient déplacées ou réfugiées, elles sont exposées aux risques élevés de violence conjugale dans les camps, dans les cachettes ou dans les foyers, mais aussi des agressions sexuelles [par des personnes censées les protéger] quand elles osent quitter l’enceinte du camp. De plus les femmes sont stigmatisées et brutalisées si elles sont détenues ou arrêtées. La pauvreté accroit même leur vulnérabilité et les met plus à risque de toutes formes d’agressions sexuelles.

D’un continent à l’autre, notre sororité nous unit car nous partageons les mêmes souffrances et défis. Nous sommes sœurs car au Canada, les femmes sont loin d’être épargnées, à l’heure ou une victime sur quatre d’un crime violent l’est dans le cadre de violences conjugales.
Et lorsque la violence contre les femmes s’accompagne de racisme, comme ce fut le cas en Colombie Britannique, ou la police a laissé un tueur en série sévir des années et des années contre des femmes autochtones, c’est inacceptable.

À l’heure où nous commémorons déjà les 26 ans de la tuerie de l’école Polytechnique de Montréal, dont le mobile est la haine des femmes, nous devons nous poser les bonnes questions et continuer à porter plus loin les réflexions et les messages pour un changement d’attitudes dans le processus collectif de l’éradication de la violence et du harcèlement sexuel.

Je parle de meurtres, cependant la violence a d’autres formes. La violence sexuelle, parfois sous le couvert de pratiques coutumières, comme les barbaries inexcusables que sont les mutilations génitales. Mais aussi la violence plus insidieuse, plus banalisée, celle du harcèlement.

Le harcèlement peut se vivre dans toutes nos sphères de vie et au quotidien : en famille, à l’école, dans nos rues, au campus, au travail et dans nos collectivités. En parler c’est désamorcer une partie de la solution et aussi contribuer à donner la voix aux victimes et survivantes, la voix dont elles ont été privées de prime abord.

La prévention autant que la solution concerne tout le monde. Ce n’est pas ‘’une question de femmes’’, mais une question qui touche tous et chacun d’entre nous – autant les femmes que les hommes – Rappelons-nous que la violence à caractère sexuel a pour origine principale l’inégalité des pouvoirs entre les hommes et les femmes. L’établissement de l’équilibre des pouvoirs commence par mettre en place des systèmes institutionnels équitables et plus sensibles aux enjeux des femmes. Cela permettra de rendre la voix aux femmes dans leurs foyers, aux sœurs et filles en famille, aux collègues, au campus et dans la rue, et de là reconnaître la valeur et la contribution des femmes et des hommes à bâtir une société égalitaire, juste et sans violence.

Il revient aussi à vous, chers pères, chers frères, chers fils, compagnons, partenaires, collègues, de soutenir cette cause car la solution viendra aussi de vous.

Aujourd’hui, à l’occasion de la journée mondiale de lutte contre la violence faite aux femmes, nous sommes plus que jamais convaincues que notre travail de soutenir les survivantes et de tenir les agresseurs responsables, à lui seul ne suffirait pas pour éliminer la violence. Nous voulons continuer en collaboration avec notre communauté, nos partenaires et toutes les parties prenantes à renforcer le travail collectif de prévention et d’éducation publique. Cet année, nous ouvrons encore le dialogue et la réflexion sur le thème « VOIX MUSELÉES DES FEMMES : entre culpabilité et reprise de parole ».

Durant les 16 jours d’action, à travers la page Facebook et le site Web d’Oasis Centre des femmes, nous interpellerons le public à réfléchir sur des messages muselés exprimant leur impuissance à parler et à être crues alors qu’elles continuent de subir une surenchère d’atrocités qui ne cessent d’éclater d’un continent à l’autre. Une soirée de discussions animée autour du thème clôturera les 16 jours d’action.

Nous saisirons cette occasion aussi pour saluer encore et avec fierté, les initiatives présentées dans le plan « Ce n’est jamais acceptable »- Plan d’action Ontarien, pour mettre fin à la violence et au harcèlement sexuel. Nous sommes fières d’apprendre que la campagne : « Qui aiderez- vous ? » a touché des millions de personnes à travers le monde en si peu de temps et on ne doute pas que la nouvelle campagne : « Si ce n’est pas acceptable de le dire, alors ce n’est jamais acceptable de le faire » sera un outil fort de prise de conscience auprès du grand public.

Toutefois, nous ne sous-estimerons pas la campagne «Traçons les Limites » qui a donné le ton à un dialogue communautaire et ouvert la voie à des initiatives à grande échelle.

Nous remercions le Reflet Salveo, un de nos partenaires et allié privilégié de nous avoir offert cet espace pour parler au nom des sans voix.

La violence faite aux femmes est l’affaire de tout le monde.

 

 

Dada Gasirabo,

Le 25 novembre 2015

 

 

 

Oasis centre des femmes est un centre multidisciplinaire dont la mission est d’outiller les femmes francophones du grand Toronto et de Halton Peel qui sont touchées par la violence sous toutes ces formes, pour améliorer leur situation et devenir totalement autonome. Nos services et nos programmes comprennent du soutien et du suivi individuel aux femmes victimes ou survivantes de violence, du soutien communautaire visant l’épanouissement personnel, social et économique de toutes les femmes francophones. Quand à nos programmes et activités de prévention, sensibilisation et prévention, liaison communautaire ils visent à susciter une prise de conscience des enjeux liés à la lutte contre la violence faite aux femmes.

Pour plus de détails sur Oasis visitez notre site web www.oasisfemmes.org et venez nous rejoindre sur Facebook et twitter.

 

Soumettre un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *