L’impact des réseaux sociaux sur la santé mentale : Que du mauvais ?

Publié par le juillet 31, 2019 dans blogue de Gilles | 1 commentaire

L’impact des réseaux sociaux sur la santé mentale : Que du mauvais ?


Alexa Klein, étudiante travaillant à Reflet Salvéo cet été, nous partage les résultats de sa recherche. Compte tenu de la popularité des médias sociaux et de l’importance de la santé mentale, cet article tombe à point!

Selon une étude britannique menée en 2017 par la Royal Society for Public Health (RSPH), plus de 90% des jeunes âgés entre 14 et 24 ans ont un compte sur au moins un des réseaux sociaux suivant : Facebook, Instagram, Twitter, Snapchat ou YouTube. Selon la même étude, les taux d’insomnie et de troubles de santé mentale tels que la dépression et l’anxiété pour le même groupe d’âge ont augmentés d’environ 70% dans les 25 dernières années. Les médias sociaux semblent donc avoir un effet très néfaste sur la santé mentale de la nouvelle génération hyper-connectée, mais pourquoi ? Et est-ce qu’utiliser les médias sociaux peut avoir des effets positifs où que des effets négatifs ?


Le caractère addictif des médias sociaux

Les dirigeants des réseaux sont en partie à blâmer pour la dégradation de la santé mentale de leurs utilisateurs. Les plateformes telles que Facebook, Instagram, YouTube, Snapchat et Twitter sont conçues pour créer une expérience de consommation extrêmement addictive. Cette addiction est telle que dans une étude américaine effectuée par le psychologue Dr. Adam Alter en 2017, où il demandait à des jeunes du secondaire de faire un choix théorique entre voir leur téléphone intelligent se faire briser en morceaux ou se faire briser un os de la main, 46% ont répondus qu’ils préfèreraient se faire briser un os de la main plutôt que de voir leur téléphone se faire briser. Presque la moitié de ces jeunes étaient prêt à endurer de la souffrance physique pour rester connecter! Pourquoi ? Les médias sociaux éliminent les pauses naturelles dans notre consommation et ils créent de l’incertitude lié à l’approbation.

Les pauses naturelles. Notre expérience des médias avant l’ère de médias sociaux était limitée. Notre expérience des médias est maintenant illimitée. Avant, quand il s’agissait de lire les nouvelles ou d’écouter une émission par exemple, notre expérience des médias avait une fin. Pour lire les nouvelles, on ouvrait le journal papier et on terminait la lecture à la dernière page. Pour écouter une émission, on ouvrait la télévision et on arrêtait d’écouter une fois l’émission terminée. Maintenant, ces pauses naturelles dans notre consommation médiatique qui agissaient comme signaux d’arrêts pour notre cerveau ont disparus. Lire les nouvelles sur Facebook ou Snapchat est une expérience sans limites grâce au défilement infini (« infinite scroll » en anglais) qui permet littéralement de lire sans fin. N’écouter qu’une seule émission ou vidéo sur YouTube ou Facebook, ou ne regarder qu’une seule « story » sur Instagram ou sur Snapchat est devenu presqu’impossible grâce à la lecture automatique. Dès qu’une vidéo ou une « story » se termine, une autre commence automatiquement. Il est donc peu surprenant que ces plateformes qui ont été créés pour nous garder river à nos écrans nous causent de graves troubles de sommeil qui eux, peuvent mener à toutes sortes d’autres problèmes liés à la santé mentale et physique.

Les utilisateurs des réseaux sociaux devraient être informés de leur surconsommation. Les réseaux sociaux devraient être responsabilisés et aviser leurs utilisateurs des dangers résultant de passer autant d’heures sur leurs plateformes. C’est pourquoi les chercheurs qui ont effectué l’étude de la RSHP demandent au gouvernement britannique de forcer les réseaux sociaux à intégrer des « pop-ups » à leur plateformes pour notifier leurs utilisateurs de leur temps de consommation. D’autres, comme le Dr. Alter, croient qu’il faut aussi sensibiliser les utilisateurs directement pour qu’ils fassent des changements en ce qui a trait à leurs habitudes de vie liées à l’utilisation du téléphone et des réseaux sociaux. Aux États-Unis, en 2017, les jeunes passaient en moyenne 9 heures par jour sur leur téléphone alors que les adultes y passaient en moyenne 4 heures. De plus, environ 75% des adultes américains peuvent atteindre leur téléphone sans se déplacer, 24h sur 24h. La majorité des gens ne portent pas attention à la quantité de temps qu’ils passent sur les réseaux sociaux chaque jour et sous-estiment souvent cette quantité. Il est donc important d’éduquer les usagers des médias sociaux, surtout les jeunes, pour qu’ils soient plus conscients de leur temps d’utilisation des médias sociaux et qu’ils en fassent un meilleur suivi.

L’incertitude liée à l’approbation. L’élimination de pauses naturelles n’est pas la seule chose qui rend les médias sociaux addictifs. Les plateformes des cinq médias sociaux étudiés par la RSPH, —Facebook, Twitter, Snapchat, Instagram et YouTube—quoique certaines plus que d’autres, sont conçues de façon à créer une énorme incertitude liée à l’approbation chez leurs utilisateurs. C’est cette incertitude qui, pour plusieurs, les incite à revenir encore et encore. Les médias sociaux, à travers leurs systèmes d’approbation sociales, créent donc une sorte d’addiction à l’approbation chez plusieurs d’entre nous. Facebook, Instagram et YouTube comptent les « mentions j’aime » et le nombre de commentaires associés à une publication ou une vidéo. Instagram, YouTube et Twitter comptent le nombre d’abonnés à un compte. Facebook et Snapchat comptent le nombre d’amis. Twitter compte les « retweets » et Facebook compte le nombre de partages d’une publication. YouTube, Instagram et Snapchat comptent le nombre de visionnements d’une vidéo ou d’une « story ». Snapchat compte le nombre de « snaps » envoyés et a même un système de trophées associé à l’utilisation de la plateforme.

Plusieurs études démontrent que les gens, et mêmes certains animaux, restent plus engagés face à un système de récompenses variées (ex. une machine à sous au casino) plutôt que face à un système de récompenses fixes (ex. une paie chaque deux semaines). L’imprévisibilité captive l’humain. Les systèmes de mentions j’aime, du nombre de vues, de commentaires et de partages sur les médias sociaux sont ce qui nous garde rivés à nos écrans pour savoir quelle « quantité » d’approbation sociale (la récompense) nous allons recevoir. Essentiellement, c’est l’incertitude lié au processus d’approbation des médias sociaux qui nous garde si engagés et qui crée une certaine dépendance. De plus, le sentiment d’échec associé à un manque d’approbation sociale (pas assez de mentions j’aimes, de retweets, etc.) crée de l’anxiété et même de la dépression chez certains et surtout chez les jeunes. C’est inquiétant lorsque l’on considère à quel point l’image de soi et de sa vie que les gens se créent sur les réseaux sociaux est « plus que parfaite » et reflète rarement la réalité.

Il est par contre encourageant de savoir que certaines plateformes ont commencées à prendre des initiatives pour éliminer leurs systèmes d’approbation. Par exemple, Instagram—qui a été identifiée dans l’étude de la RSPH comme le média social avec le plus d’effets négatifs sur la santé mentale—a éliminé au Canada, depuis mai dernier, la visibilité publique du nombre de mentions j’aime qu’obtient une publication pour tenter de diminuer la pression ressentie par leurs utilisateurs de devoir obtenir toujours plus de mentions j’aimes. Ce test a si bien fonctionné que la plateforme a maintenant l’intention de faire la même chose dans six autres pays et éventuellement dans tous les pays où leur plateforme est utilisée.

En même temps, le cyber-harcèlement et les attaques vicieuses de l’estime de soi de jeunes moins « populaires » ou différents de la norme, c’est-à-dire qui reçoivent moins d’approbation sociale, est un problème qui persiste sur les cinq réseaux sociaux étudiés par la RSPH. C’est entre autres pourquoi la RSPH voudrait que le gouvernement britannique oblige les réseaux sociaux à mettre en place des systèmes d’identification de personnes souffrant de dépression ou d’autres troubles de santé mentale reliés au cyber-harcèlement et plus généralement à une utilisation malsaine des réseaux sociaux.


Atteindre l’inatteignable : l’approbation sociale – une arme à double tranchant

Un des tranchants de l’approbation sociale est son côté addictif, mais le désire d’approbation sociale mène aussi à la création de but inatteignables qui à leur tour peuvent mener à souffrir de troubles de santé mentale. La création de buts fait partie de la nature humaine. Les gens sont naturellement portés à se créer des objectifs à atteindre. L’effet d’incertitude liée à l’approbation sociale ainsi que l’effet de glorification de la réalité exercés par les médias sociaux mènent plusieurs à se donner des buts inatteignables en ce qui a trait surtout à leur apparence et à leur style de vie. Il n’est donc pas surprenant qu’Instagram, avec sa plateforme dédiée aux photos esthétiques hyper-filtrées et aux modes de vies « rêves », est le réseau social le plus néfaste pour la santé mentale des jeunes selon la RSPH. La plateforme photo est suivi de près par Snapchat puis Facebook et finalement par Twitter. YouTube se démarque du lot comme ayant en moyenne plus d’effets positifs que négatifs, mais c’est par contre le réseau social qui cause la plus grande perte de sommeil chez les jeunes. À part la perte de sommeil, la création de but irréalistes liés à l’utilisation de réseaux sociaux qui donnent l’impression que tout le monde est plus beau (Instagram), plus drôle (Twitter), plus talentueux (YouTube), plus riche (Instagram et YouTube) et a plus d’amis (Facebook et Snapchat) que nous mène les jeunes à éprouver :

  • De l’anxiété liée au « FOMO » (l’acronyme anglais pour Fear Of Missing Out, peur de rater quelque chose);
  • De la dépression liée au mal-être face à son apparence et son style de vie
  • Un sentiment de solitude et d’isolation

La RSHP propose entre autres des mesures comme l’indentification par les réseaux sociaux des photos qui ont été modifiées avant leur publication pour tenter de contrer ce problème. Il semble par contre peu probable que des plateformes comme Instagram instaure ce genre de mesures sans pressions extérieures par divers organismes.


Que du mauvais ? Comment faire une utilisation saine des réseaux sociaux ?

Quoi que les effets néfastes sur la santé mentale lié au caractère addictif et idéaliste des réseaux sociaux soient indéniables, l’étude de la RSPH démontre que les réseaux sociaux peuvent aussi avoir des effets positifs sur la santé mentale. Notamment, pour plusieurs jeunes, YouTube a des effets positifs sur l’expression de soi et de ses émotions et sur la construction de l’identité. La plateforme est un support émotionnel important pour plusieurs jeunes qui ressentent parfois pour la première fois un sentiment d’appartenance à une communauté avec qui ils ont pu connecter par le biais de YouTube. Ce phénomène n’est pas unique à YouTube. Des études démontrent que certaines communautés Facebook et Instagram, celles liées au fitness par exemple, ont tendance à avoir un impact positif sur les attitudes et les comportements de santé des jeunes, surtout sur les jeunes qui savent distinguer les pratiques bénéfiques partagées par ces groupes des informations sensationnalistes comme des montages photo avant/après extrêmes qui peuvent bien sûr mener vers le piège de la création de buts inatteignables.

Donc, malgré que les dirigeants publics et les réseaux sociaux peuvent beaucoup faire pour réduire le caractère addictif de ces plateformes d’engagement social, il existe aussi un manque d’éducation sur la façon d’utiliser les réseaux qui doit être pallié. Pallier ce manque d’éducation à l’égard des réseaux sociaux et leurs effets peut contribuer à réduire les problèmes de santé mentale liés à une mauvaise utilisation des réseaux sociaux. Surtout que le simple fait d’être plus au courant des effets négatifs des médias sociaux peut nous menez à en faire une utilisation un peu plus saine. En effet, l’étude de la RSPH démontre justement que les médias sociaux ont le potentiel d’avoir des effets positifs sur la santé mentale des jeunes s’ils en font une utilisation saine. Plusieurs autres études démontrent aussi qu’il est possible de réduire l’effet néfaste qu’a les réseaux sociaux sur notre santé mentale en modifiant la façon dont on les utilise. Une prise de conscience face aux dangers des médias sociaux et le développement d’outils pour nous aider à mieux les utiliser sont clés.

Il y a plusieurs ressources en santé mentale disponibles en français dans le Grand Toronto pour aider et éduquer la communauté francophone de l’Ontario. Le Dr Alter propose aussi plusieurs solutions pour nous aider à mieux gérer notre utilisation des réseaux sociaux et pour réduire les effets néfastes de ceux-ci. Il propose de créer des pauses « artificielles » (comme une alarme) pour nous aider à réduire le nombre d’heures passées sur les réseaux sociaux. Il propose aussi de faire de petits changements simples à sa routine pour réduire les effets que notre addiction à nos réseaux sociaux peut avoir sur nous. Par exemple, il suggère de choisir un repas pendant la journée où l’on ne consultera pas du tout son téléphone et de faire la même chose une heure après s’être levé et une heure avant de se coucher. Les courtes pratiques de méditation et les marches en nature sont aussi très utiles pour réduire les effets des réseaux sociaux sur notre santé. Elles permettent d’être plus conscient lors de notre utilisation des réseaux sociaux et donc de se poser plus souvent des questions introspectives telles que « Est-ce que regarder telle publication ou tel compte me fait du bien ? ». Il a espoir que de telles changements permettent non de se couper complètement des réseaux sociaux, mais d’en faire une utilisation plus saine.


Conclusion

La corrélation entre l’utilisation presque universelle des médias sociaux chez les adolescents et les jeunes adultes et la hausse dramatique des troubles de santé mentale chez eux dans les dernières années est indéniable. Il semble donc approprié de consacrer des efforts vers la création de lois qui réglementeraient d’avantage la conduite des géants des médias sociaux tels que Facebook, Instagram, Twitter, YouTube et Snapchat. Par contre, il est tout aussi important de faire des efforts pour créer des ressources éducatives et des outils pour enseigner à la nouvelle génération constamment branchée comment faire une utilisation saine et productive des médias sociaux pour en tirer plus d’avantages que de désavantages.

Un commentaire

  1. J’aimerais tout d’abord félicté l’auteur de cette recherche. C’est un travail excellent , le sujet est d’actuqlité et les resultats très pertinents. Le danger que constitue l’addiction aux médias sociaux doit être une priorité pour la classe dirigeante de chaque pays car le problème de santé mentale peut s’étendre et avoir des conséquences néfastes sur le plan micro, meso et macro dans la société. C’est donc une urgence.

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